Quinze ans après avoir décroché l’unique victoire de sa carrière sur le circuit de Lohéac, Julien Fébreau s’apprête à retrouver le tracé breton dans un tout autre registre. À la fin du mois, le journaliste français prendra cette fois le volant d’une Supercar à l’occasion de la manche française du Championnat d’Europe FIA de Rallycross, en Euro RX1. Une perspective qui donne aujourd’hui une résonance particulière aux souvenirs qu’il avait confiés à PureRallycross en 2017 au sujet de son incroyable succès obtenu en Super1600 lors de l’édition 2011.
À l’époque, rien ne prédestinait pourtant Fébreau à s’imposer devant son public. Quelques semaines auparavant, il venait seulement de découvrir le Super1600 sur le circuit de Lavaré. Deuxième temps des qualifications et qualifié sur la première ligne de la finale aux côtés de Laurent Chartrain, il avait finalement dû se contenter de la quatrième place après avoir payé son manque d’expérience.
« J’étais le premier surpris de me retrouver si haut dans la hiérarchie, mais je m’étais fait surprendre en finale. Je ne connaissais pas franchement bien le Super1600 et, la tension de la finale aidant, mon inexpérience m’avait poussé à ouvrir les portes plus que de raison pour me contenter d’une quatrième place. »
Cette première apparition avait néanmoins suffi à convaincre son entourage. Initialement, Fébreau ne devait même pas participer à Lohéac, puisque Grégory Pain était prévu au volant. Impressionné par sa performance de Lavaré, ce dernier lui avait finalement proposé de prendre sa place. Fébreau avait également profité des deux mois séparant les deux rendez-vous pour perdre pas moins de 22 kilos après avoir particulièrement souffert physiquement lors de ses débuts au volant de la Citroën Saxo.
« Il n’était pas prévu que je fasse Lohéac, puisque c’est Grégory Pain qui devait être aligné sur ce rendez-vous. Puis, devant ma belle performance de Lavaré, Grégory m’a proposé de rouler à sa place avec toute la classe qu’implique un tel geste. De plus, entre les deux mois qui séparaient Lavaré de Lohéac, je venais de perdre pas moins de 22 kilos. J’avais tellement souffert d’un point de vue physique au volant de la Saxo que j’étais bien décidé à revenir plus affûté. D’ailleurs, les gens ne me reconnaissaient même pas lorsque je suis arrivé à Lohéac. »
Bossard comme immense favori
Malgré les promesses entrevues à Lavaré, Fébreau était arrivé en Bretagne sans ambition démesurée. Surtout, un obstacle de taille se dressait devant lui : Steven Bossard. Engagé cette saison-là entre rallye et rallycross, ce dernier n’avait encore jamais été battu en Super1600.
« J’étais venu sans aucune prétention. L’objectif était avant tout de “faire” Lohéac et jamais je ne m’étais imaginé que je remporterais cette course. Il faut rappeler que Steven Bossard était engagé sur cette épreuve, ce qui n’était pas le cas à Lavaré quelques semaines plus tôt. À ce moment précis, jamais Steven n’avait perdu la moindre course en Super1600. Autant dire qu’en voyant son nom sur la liste des engagés, tout le monde savait à l’avance qui terminerait sur la plus haute marche du podium le dimanche suivant. »
Le début du week-end allait confirmer cette hiérarchie. Malgré une incompréhension lors des essais chronométrés qui ne lui avait permis de couvrir qu’un seul véritable tour, Fébreau avait signé le deuxième temps derrière Bossard. Le samedi, ce dernier avait ensuite dominé la première manche qualificative tandis que Fébreau se battait avec Laurent Chartrain pour une place dans le Top 3.
Mais la pluie apparue le dimanche matin allait bouleverser la physionomie du week-end.
Pour sa toute première expérience en course dans ces conditions, Fébreau s’imposait dans la deuxième manche qualificative. La troisième revenait ensuite à sa coéquipière Adeline Sangnier, un résultat qui lui permettait, par ricochet, de récupérer la pole position pour la finale.
« Il s’agissait de ma première course sous la pluie, donc soit je m’effondrais, soit je relevais le challenge pour permettre à tout le monde de retrouver le sourire. Et c’est ce que j’ai fait en remportant la seconde manche qualificative tandis que la troisième manche était revenue à Adeline Sangnier. Grâce à sa performance, elle m’avait permis de récupérer, par ricochet, la pole position pour la finale. »
« Pour le reste, tu te démerdes comme tu peux pour la gagner »
Avant cette finale, Laurent Chartrain allait également jouer un rôle inattendu. Contraint de passer par la finale B, il était venu prévenir discrètement Fébreau du piège constitué par les gravillons accumulés dans l’épingle du circuit.
« Laurent est venu discrètement à moi pour me dire d’être vigilant au passage de l’épingle du circuit qui était noyée de gravillons. Il m’a incité à caler la voiture sur le vibreur pour éviter que je me fasse piéger avant d’ajouter : “Pour le reste, tu te démerdes comme tu peux pour la gagner.” »
Le premier départ ne faisait qu’augmenter la tension. À une époque où le règlement autorisait encore un faux départ, David Olivier jaillissait depuis la deuxième ligne avant que les drapeaux rouges ne viennent interrompre la procédure. Fébreau allait mieux négocier la seconde tentative.
Une grosse erreur à la fin du premier tour permettait néanmoins à Bossard de revenir à sa hauteur. Derrière, la finale tournait à la foire d’empoigne entre Bossard et Chartrain, tandis qu’Adeline Sangnier était éliminée avant même le premier virage. Devant, Fébreau continuait sa route sans réellement mesurer ce qui se passait dans son dos.
Et c’est dans le dernier tour que cette finale allait définitivement basculer dans l’irrationnel.
Un dernier tour miraculeux
Fébreau avait conservé son Joker Lap jusqu’à l’ultime boucle. Devant lui, Bossard avait arraché un morceau de vibreur, projeté en pleine trajectoire. Impossible pour le leader de l’éviter.
L’impact endommageait la chape de suspension et les pneumatiques du côté droit de sa Saxo. Fébreau continuait pourtant sa route, sans liaison radio et sans savoir précisément quelle avance il possédait sur ses poursuivants.
« Il est clair que si j’avais anticipé mon passage par le tour Joker, jamais je n’aurais été en mesure de terminer cette course. Autant dire que ce fut un miracle que de m’imposer à Lohéac. Au moment où le choc a eu lieu, je me souviens de m’être montré très prudent dans le virage suivant où la voiture était en appui sur le côté droit. Je voyais les commissaires m’applaudir depuis le bord de piste, alors que de mon côté, j’espérais surtout être en mesure de terminer la course. »
La Saxo allait tenir jusqu’au drapeau à damier.
Et la portée de cette victoire dépassait largement le simple résultat sportif. Fébreau venait de devenir le premier pilote à battre Steven Bossard depuis deux ans. Surtout, son succès intervenait vingt ans jour pour jour après celui décroché par son père à Lohéac en 1991. Il offrait également à Deslandes Sport sa première victoire en tant que structure de compétition.
« Ce n’est qu’en franchissant la ligne d’arrivée que j’ai véritablement réalisé ce que je venais de faire. Surtout, outre Lohéac, je venais de faire tomber Steven Bossard, ce que personne n’était parvenu à réaliser depuis deux ans, le tout, 20 ans jour pour jour depuis le succès acquis par mon père lors de l’édition 1991. Je me rappelle surtout que mon père s’est retrouvé dans un état second tellement il n’en croyait pas ses yeux. Ses jambes tremblaient et il avait l’impression que ses pieds n’étaient plus en contact avec le sol. »
Neuf ans après ses confidences, le rêve va devenir réalité
Lorsque PureRallycross l’avait interrogé en 2017, six années s’étaient déjà écoulées depuis cette victoire. Pourtant, le souvenir n’avait rien perdu de son intensité. Fébreau considérait toujours Lohéac 2011 comme la plus grande course de sa carrière sportive.
Mais une autre déclaration prend aujourd’hui une dimension toute particulière.
En 2017, Fébreau évoquait déjà son envie de revenir un jour sur le circuit breton. À l’époque, le Français ne cachait pas son enthousiasme à l’idée de pouvoir un jour y évoluer dans la catégorie reine.
« Il est évident que le rêve absolu serait de pouvoir retourner à Lohéac. C’est une épreuve où le résultat, au final, importe peu tellement c’est particulier d’évoluer dans un tel contexte. Et ne parlons même pas du Supercar, où le délire doit être total à la simple idée de s’aligner dans cette catégorie. Dans notre discipline Rallycross, on ne peut pas imaginer un événement plus grandiose. Une victoire à Lohéac doit avoir le même goût que pour un pilote de Formule 1 lorsqu’il s’impose à Monaco. »
Neuf ans après avoir prononcé ces mots et quinze ans après cette victoire restée sans équivalent, Julien Fébreau s’apprête désormais à mesurer concrètement ce que représente le circuit breton au volant d’une voiture de la catégorie reine.
Cette fois, ce ne sera plus en Super1600, mais en Euro RX1.
